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Habiba Mahany

« Kiffer sa race »

Habiba MahanyHabiba Mahany a grandi dans une banlieue de la région parisienne. Elle est l'auteur d'une nouvelle intitulée « Racisme aveugle » et « Kiffer sa race » est son premier roman, paru aux éditions Jean-Claude Lattès

Kiffer sa raceKiffer sa race

Dans une cité d'Argenteuil, c'est la rentrée scolaire pour Sabrina, brillante élève d'une classe de première.
Entre les embrouilles avec un jeune frère qui joue au petit chef, le changement de comportement mystérieux de la sœur Linda après un voyage en Algérie, et la trahison de son amie Nedjma dont les aventures frivoles cachent des fêlures silencieuses, Sabrina peine à se concentrer.

D'autant que l'arrivée d'Alphonse Mercier, au milieu du trimestre, va perturber l'équilibre fragile d'une classe aussi sympathique qu'indisciplinée. Alphonse est beau, drôle et si brillant qu'il risque de souffler à Sabrina la première place qu'elle protège jalousement. Il risque aussi de lui plaire…

Ce qu'en dit la presse

Il y a beaucoup d'humour dans cette histoire, alors que beaucoup d'événements qui touchent les personnages sont souvent difficiles, voire dramatiques. Pourquoi cette figure de style ?
Je ne souhaitais pas écrire un livre larmoyant sur « la-banlieue-qu'est-pas-rose-la-banlieue-qu'est-morose », comme l'ont chanté les Inconnus, les comiques français. L'humour est une arme pour raconter de façon subtile et décalée des faits pas toujours drôles. Et puis, je n'ai pas inventé l'humour de banlieue, c'est même un sport national là-bas, un peu comme en Algérie. On se « vanne », on fait vivre la langue en la triturant, on rit… J'ai écrit un livre à l'image de ses habitants : plein de vie et de dynamisme, même si l'environnement, les circonstances sont pesants.

Quelles ont été les difficultés, au plan de l'écriture, d'introduire des tics de langage « djeun » ou de « banlieue », ou de verlan ? Pourquoi ce choix ? Est-il obligatoire pour faire de la littérature de banlieue ?
Sabrina a 16 ans, elle habite une cité. Je me voyais mal la faire parler comme une Parisienne chic du XVIe arrondissement. C'est une question de cohérence et un parti pris d'auteure. Je n'ai eu qu'à me souvenir de ma propre adolescence. Il aurait été incongru de boursoufler le langage de Sabrina d'un trop-plein d'académisme. Même si, première de la classe, élève brillante et intelligente, elle sait adapter son registre de langage comme, par exemple devant son professeur de français. Pour revenir à la littérature de banlieue, d'autres auteurs ont utilisé un français plus classique, preuve qu'il n'y a pas de passage obligé de l'écrivain de banlieue.

Vous laissez entendre, au détour des images empruntées au monde de la télévision, que c'est l'univers essentiel de la culture du monde décrit dans l'ouvrage. Cela ne semble-t-il pas un peu réducteur ?
Depuis que je suis toute petite, je dévore la culture, parce j'aime ce qui est plus grand que moi, c'est pourquoi je me sens étriquée dans ce collège « rabougri », comme Sabrina le dit. Et d'ailleurs, des Sabrina il doit y en avoir beaucoup. Sabrina est une fille de son temps qui regarde aussi la télévision, comme la série N.C.I.S, écoute des musiques à la mode, etc. Mais ce n'est pas une caricature. Elle aime lire, écrire et se pâme devant les chansons de Mike Brant ! Le piège aurait été de faire d'elle un cliché, un autre aurait été d'en faire un contre-exemple absolu et peu crédible. On peut s'irriguer de culture populaire tout en affirmant sa différence par d'autres goûts, plus pointus. Bien sûr qu'il y a beaucoup de Sabrina, j'en suis la preuve ! Il y a aussi des Mohamed ou des Alphonse tout aussi sérieux et déterminés. Je ne trace aucune ligne de démarcation entre hommes et femmes dans ce domaine.

Kiffer la race humaine. n'est-ce pas un rêve ? Ou une utopie ?
Kiffer sa race, comme je l'entends dans le livre, c'est s'affranchir des barrières dans les têtes qui séparent. Ce n'est pas utopique. Je crois en l'être humain, au citoyen du monde. Je pense que c'est une question de temps — certes long — pour que cela se matérialise.

Aimeriez-vous que ce livre soit publié en Algérie ?
Evidemment ! L'Algérie, tout comme la France, c'est mon pays. Je serai honorée qu'une maison algérienne propose de l'éditer, en français, pourquoi pas traduit en arabe et en kabyle. Toute ma famille pourrait ainsi lire Kiffer sa race et un de mes rêves serait exaucé.

Walid Mebarek
Source : El Watan


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