Alain Berenboom
Alain Berenboom a publié son premier roman en 1989. Il avait alors quarante-deux ans et une solide expérience de juriste derrière lui (comme spécialiste du droit d'auteur mais aussi comme ancien secrétaire général de la Ligue des Droits de l'Homme).
Beaucoup de commentateurs furent alors surpris "de l'apparent décalage entre le sérieux de sa vie professionnelle et ses audaces de romancier" (D. Meurant). L'humour mordant, l'impertinence du romancier, autant que l'érotisme parfois provocant de son roman semblaient bien loin des vertus qu'on attend des hommes de robe. Depuis, alors qu'on a appris à mieux connaître la justice belge, c'est plutôt Berenboom qui fait sérieux.
Mais c'est l'humour avant tout qui définit le mieux son style, l'humour sous toutes ses formes, "de l'ironie féroce ou douce-amère au burlesque le plus délirant. Il fait feu "contre tous les conforts idéologiques" (D. Meurant). L'humour juif? Oui, mais plutôt l'humour burlesque et dévastateur des cinéastes (Groucho Marx, Jerry Lewis et Woody Allen) que l'interrogation métaphysique des romanciers new-yorkais (E. Colpin).
Bibliographie
Le Lion noir, roman Flammarion, 2000 et Labor, 2005.
Il aura suffi d'un dîner au bord de l'Escaut à Anvers pour que bascule la vie de Fred, la Parisienne. Deux heures à peine : assez pour s'éprendre d'un énigmatique Flamand, rencontré le matin même dans un colloque, assez pour le perdre à jamais en assistant entre poire et fromage à son assassinat en plein restaurant. Tourner la page et rentrer à Paris ? Difficile : le mort réapparaît sous forme de fantôme dans sa chambre d'hôtel... Voilà comment une jeune consultante audiovisuelle sceptique mais décidée se lance sur la piste des assassins. Dans une ville en plein chambardement, que l'extrême droite est sur le point de conquérir. C'est Anvers qui est au cœur de cette étrange course poursuite, ville cosmopolite et repliée sur elle-même, bourgeoise et prête à se donner à des voyous, l'Anvers d'aujourd'hui, moderne et barbare, rongée par la peste brune.
Le Goût amer de l'Amérique, roman Bernard Pascuito éditeur, 2006.
Georges a vingt ans. Il livre le pain et ramasse les petites annonces en Vespa mais il est amoureux de la plus belle fille du monde (ou à peu près), Louisa. Une drôle de fille qui se dérobe et cache une double vie. Georges s'occupe aussi de son grand-père, Léo Malgudi, fou du Hollywood des années cinquante (et du genièvre). N'oublions pas son meilleur ami, Ahmed, ennemi farouche de l'Amérique de monsieur Bush. Bref, il est un peu perdu Georges au milieu de toutes ces histoires qui se télescopent. Pourquoi se met-il à écrire une biographie d'une star américaine oubliée, James Stewart ? Jimmy Stewart, acteur fétiche de Hitchcock et de Capra, et dont la vie, telle que Georges l'imagine à travers ses films, croise étrangement la sienne…
C'est un roman décalé et drôle qui réussit à approcher la légèreté des comédies de Capra ou de Lubitsch sans verser dans la mélancolie d'un âge d'or révolu. Georges, Louisa, Ahmed et les autres sont des jeunes d'aujourd'hui, abonnés aux petits boulots mais qui s'amusent et jonglent avec la vraie vie. Loin des clichés de Coca-Cola, de Bagdad-city ou de Michaël Moore, l'Amérique de Georges est un quartier de Bruxelles transformé par la passion et le cinéma.
L'auberge espagnole et autres histoires belges, nouvelles, Editions Le Grand Miroir 2002.
Qui n'a pas vu un gendarme charger sabre au clair dans une pharmacie bruxelloise ne connaît rien de la Belgique, telle que la voit Alain Berenboom. Une Belgique nostalgique et burlesque où tout est possible : la mystérieuse disparition de la gigantesque chaudière du Palais de Justice de Bruxelles, les aventures d'un pharmacien dans un quartier populaire de Bruxelles à la fin des années cinquante, les déboires d'un prisonnier qui aimait trop le savon, les surprises d'un diplomate égaré dans un cinéma de Jérusalem, la définition d'un écrivain belge, l'utilité pour une Mongole coincée à l'aéroport de Bruxelles de connaître Shakespeare en version originale.
À travers huit nouvelles et une pièce de théâtre (" l'Auberge espagnole "), Alain Berenboom dresse le portrait d'un pays désespéré et drôle, sensuel et nostalgique.
Périls en ce Royaume, roman, Bernard Pascuito éditeur, Paris 2008.
Un détective explore les fêlures de la Belgique au temps de l'affaire royale.
La Belgique est sur le point d'exploser : les francophones craignent la scission du pays, les flamands veulent chasser le roi et instaurer une république indépendante. Mais, en vérité, c'est au sortir de la guerre que la crise a commencé.
Périls en ce Royaume commence en janvier 1947. Un jeune fonctionnaire aux Affaires étrangères, qui fut résistant pendant la guerre, disparaît brusquement. Sa famille fait appel à un détective privé, Michel Van Loo. Les temps sont agités en Belgique : règlements de compte entre résistants et anciens collaborateurs, sur fond de guerre civile larvée entre les partisans du roi Léopold III et ceux qui veulent une république, cependant que les communistes de tous poils se disputent entre eux, sûrs de prendre le pouvoir. C'est dans ce climat délétère qu'enquête Michel Van Loo et ses amis, Anne, une shampouineuse, Fédérico, un coiffeur, ancien partisan communiste italien, le pharmacien juif Hubert et même son bébé.
Un polar nostalgique et drôle qui explore les coulisses de la Belgique à la veille de l'explosion.
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